Langue et stylistique françaises

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Annales

Session 1997


A***

 

Tu es mon amour depuis tant d’années,

Mon vertige devant tant d’attente,

Que rien ne peut vieillir, froidir ;

Même ce qui attendait notre mort,

Ou lentement sut nous combattre,

Même ce qui nous est étranger,

Et mes éclipses et mes retours.

 

Fermée comme un volet de buis,

Une extrême chance compacte

Est notre chaîne de montagnes,

Notre comprimante splendeur.

 

Je dis chance, ô ma martelée ;

Chacun de nous peut recevoir

La part de mystère de l’autre

Sans en répandre le secret ;

Et la douleur qui vient d’ailleurs

Trouve enfin sa séparation

Dans la chair de notre unité,

Trouve enfin sa route solaire

Au centre de notre nuée

Qu’elle déchire et recommence.

 

Je dis chance comme je le sens.

Tu as élevé le sommet

Que devra franchir mon attente

Quand demain disparaîtra.

                                                           1948-1950.

 

René Char, Recherche de la base et du sommet, IV, « À une sérénité crispée ».

 

 

Questions


1.      Lexicologie (2 points)

Froidir (v. 3), martelée (v. 12)

 

2.      Grammaire (8 points)

a.       Étude des déterminants du vers 8 ( « Fermée comme un volet de buis ») au vers 21 (« Qu’elle déchire et recommence ») (5 points)

b.      Étude des trois adjectifs : étranger (v. 6), comprimante (v. 11), solaire (v. 19)

 

3. Étude stylistique du texte (10 points)


 

 

 

Session 1998

 


Vermine stupéfaite, sans foi, sans loi, sans raison ni fin, je m’évadais dans la comédie familiale, tournant, courant, volant d’imposture en imposture. Je fuyais mon corps injustifiable et ses veules confidences ; que la toupie butât sur un obstacle et s’arrêtât, le petit comédien hagard retombait dans la stupeur animale. De bonnes amies dirent à ma mère que j’étais triste, qu’on m’avait surpris à rêver. Ma mère me serra contre elle en riant : « Toi qui es si gai, toujours à chanter ! Et de quoi te plaindrais-tu ? Tu as tout ce que tu veux. » Elle avait raison : un enfant gâté n’est pas triste ; il s’ennuie comme un roi. Comme un chien.

  Je suis un chien : je bâille, les larmes roulent, je les sens rouler. Je suis un arbre, le vent s’accroche à mes branches et les agite vaguement. Je suis une mouche, je grimpe le long d’une vitre, je dégringole, je recommence à grimper. Quelquefois, je sens la caresse du temps qui passe, d’autres fois – le plus souvent – je le sens qui ne  passe pas. De tremblantes minutes s’affalent, m’engloutissent et n’en finissent pas d’agoniser ; croupies mais encore vives, on les balaye, d’autres les remplacent, plus fraîches, tout aussi vaines ; ces dégoûts s’appellent le bonheur ; ma mère me répète que je suis le plus heureux des petits garçons. Comment ne la croirais-je pas puisque c’est vrai ? À mon délaissement je ne pense jamais ; d’abord il n’y a pas de mot pour le nommer ; et puis je ne le vois pas : on ne cesse pas de m‘entourer. C’est la trame de ma vie, l’étoffe de mes plaisirs, la chair de mes pensées

                                                                                   Jean-Paul Sartre, Les Mots.

Questions

1. Lexicologie (2 points)

Étudier les mots : raison (1), s’affalent (12)

 

2. Grammaire (8 points)

  a. Étudier les pronoms personnels, du début du texte à la ligne 7 (« Comme un chien » (6 points)

  b. Faire les remarques nécessaires sur « que la toupie butât sur un obstacle et s’arrêtât, le petit comédien hagard retombait dans la stupeur animale » (3-4). (2 points)

 

3. Stylistique (10 points)

Étude stylistique du texte.

 


 


Session 1999

 

[Pour passer la nuit auprès d’Alcmène, épouse du général thébain Amphitryon, Jupiter a pris l’apparence de ce dernier, qui rentre victorieux du siège de Télèbe.]

 

JUPITER

Ah ! Ce que j’ai pour vous d’ardeur, et de tendresse,

            Passe aussi celle d’un époux ;

Et vous ne savez pas, dans des moments si doux,

            Quelle en est la délicatesse.

Vous ne concevez point qu’un cœur bien amoureux,

Sur cent petits égards s’attache avec étude,

            Et se fait une inquiétude,

            De la manière d’être heureux,

            En moi, belle et charmante Alcmène,

Vous voyez un mari ; vous voyez un amant :

Mais l’amant seul me touche, à parler franchement ;

Et je sens près de vous, que le mari le gêne.

Cet amant, de vos vœux, jaloux au dernier point,

Souhaite qu’à lui seul votre cœur s’abandonne,

            Et sa passion ne veut point,

            De ce que le mari lui donne.

Il veut, de pure source, obtenir vos ardeurs ;

Et ne veut rien tenir des nœuds de l’hyménée ;

Rien d’un fâcheux devoir, qui fait agir les cœurs,

Et par qui, tous les jours, des plus chères faveurs,

            La douceur est empoisonnée.

Dans le scrupule enfin, dont il est combattu,

Il veut, pour satisfaire à sa délicatesse,

Que vous le sépariez d’avec ce qui le blesse ;

Que le mari ne soit que pour votre vertu ;

Et que de votre cœur, de bonté revêtu,

L’amant ait tout l’amour, et toute la tendresse.

ALCMÈNE

            Amphitryon, en vérité,

Vous vous moquez, de tenir ce langage :

Et j’aurais peur qu’on ne vous crût pas sage,

Si de quelqu’un vous étiez écouté.


Molière, Amphitryon, Acte I, scène III.

 

Questions

A.     Vocabulaire (2 points)

Étude des mots suivants :

inquiétude (v. 7), ardeurs (v. 17)

 

B.     Grammaire (8 points)

a. Étude des propositions subordonnées relatives figurant dans le texte. (5 points)

b. Étude des formes verbales figurant dans les vers 30 et 31. (3 points)

 

C.     Stylistique (10 points)

Étude stylistique du texte.


Session 2000

 

Octave, jeune débauché au grand cœur, promet à son ami Coelio de s’entremettre pour lui auprès de la belle Marianne, mariée à un vieux barbon dont Octave est le cousin. Une relation ambiguë s’amorce entre la jeune femme, à la vertu grondeuse, et le porte-parole. Mais plustôt que d’en profiter, Octave cède à Coelio le rendez-vous nocturne que Marianne a fini par accorder…

 

Octave, seul. – Écris sur tes tablettes, Dieu juste, que cette nuit doit m’être comptée dans ton paradis. Est-ce bien vrai que tu as un paradis ? En vérité cette femme était belle et sa petite colère lui allait bien. D’où venait-elle ? C’est ce que j’ignore. Qu’importe comment la bille d’ivoire tombe sur le numéro que nous avons appelé ? Souffler une maîtresse à son ami, c’est une rouerie trop commune pour moi. Marianne ou toute autre, qu’est-ce que cela me fait ? La véritable affaire est de souper ; il est clair que Coelio est à jeun. Comme tu m’aurais détesté, Marianne, si je t’avais aimée ! comme tu m’aurais fermé ta porte ! comme ton bélître de mari t’aurait paru un Adonis, un Sylvain, en comparaison de moi ! Où est donc la raison de tout cela ? pourquoi la fumée de cette pipe va-t-elle à droite plutôt qu’à gauche ? Voilà la raison de tout. – Fou ! Trois fois fou à lier, celui qui calcule ses chances, qui met la raison de son côté ! La justice céleste tient une balance dans ses mains.  La balance est parfaitement juste, mais tous les poids sont creux. Dans l’un il y a une pistole, dans l’autre un soupir amoureux, dans celui-là une migraine, dans celui-ci il y a le temps qu’il fait, et toutes les actions humaines s’en vont de haut en bas, selon ces poids capricieux.

 

De Musset, Les Caprices de Marianne, Acte II, Scène 4.

 

Questions

1.      Lexicologie (2 points)

Étudier les mots ou groupes de mots suivants : un paradis, rouerie

 

2.      Grammaire (8 points)

a.       Étudier la forme et l’emploi des déterminants et des pronoms démonstratifs dans l’ensemble du texte (6 points)

b.      Expliquer l’emploi du morphème de dans la construction suivante : ton bélître de mari. (2 points)

 

3.      Stylistique (10 points)

Présenter un commentaire organisé des procédés stylistiques du texte.


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